Le Kosovo s'étend des Balkans à l'ouest jusqu'à la Serbie et le Monténégro au sud, et jusqu'au nord de la Macédoine et l'Albanie . Ce territoire sans accès à la mer est bordé des « Montagnes Maudites » accidentées le long de ses frontières avec l'Albanie et le Monténégro.
Langues principales : albanais, serbe, mais aussi turc, roumain et bosniaque.
Religions principales : Islam, Christianisme Orthodoxe, et aussi Catholicisme.
Les principales communautés minoritaires sont les serbes, les romas, les bosniaques, les turcs, les goranis, les ashkalias, les égyptiens et les croates.
Le Kosovo compte une population d'environ deux millions de personnes. L'ethnie albanaise constitue la principale majorité. La plupart des albanais sont musulmans et parlent l'albanais. Les serbes représentent le groupe minoritaire le plus important ; ils parlent le serbe et sont des chrétiens orthodoxes. Les communautés moins importantes comprennent les romas, les ashkalias, les égyptiens, les bosniaques, les turcs, les goranis et les croates. Au sein des milieux à dense population serbes, les albanais constituent en fait une minorité.
Des données démographiques précises ne sont pas encore disponibles. Le dernier recensement du Kosovo a eu lieu en 1991, mais il fut largement boycotté par l'ethnie albanaise. D'importants changements démographiques se sont produisirent durant la guerre de 1998-1999 et la violence ethnique qui s'ensuivi. L'exercice du doit d'auto-identification est difficile au Kosovo, principalement parce que les gens ont peur de déclarer ouvertement leur ethnie par crainte de discrimination, mais aussi parce que d'autres personnes ne respectent pas nécessairement le respect de l'identité des populations. Par exemple, les acteurs internationaux et locaux rassemblent souvent les romas, les ashkalias et les égyptiens en un seul groupe. Un recensement était prévu pour 2007. La plupart des estimations situent la population d'ethnie albanaise à 90 % et les serbes à 5-6 %.
La plupart de la population ashkalia, estimée à quelques milliers, a l'albanais comme langue meternelle et pratique l'islam. Jusqu'aux années 1990, les ashkalias s'identifiaient eux-mêmes comme des romas. Dans les années 1990, ils commencèrent à s'identifier eux-mêmes comme un groupe distinct. Ils n'ont pas été acceptés par la communauté albanaise. Ils sont fortement discriminés et exclus de la vie économique. Bien que les ashkalias aient un siège réservé à l'Assemblée du Kosovo, ils ont été exclus d'une participation réelle à la vie politique, et sont exclus des discussions sur le futur statut du Kosovo.
La plupart des quelques centaines d'Égyptiens ont l'albanais comme langue maternelle et pratiquent l'islam. Jusqu'aux années 1990, la plupart des égyptiens s'identifiaient eux-mêmes comme des romas. Dans les années 1990, ils commencèrent à s'identifier eux-mêmes comme un groupe distinct, retraçant leurs origines jusqu'en Égypte. Ils n'ont pas été acceptés par la communauté albanaise. Ils sont fortement discriminés et exclus de la vie économique. Bien que les égyptiens aient un siège réservé à l'Assemblée du Kosovo, ils ont été exclus d'une participation réelle à la vie politique, et sont exclus des discussions sur le futur statut du Kosovo.
Les bosniaques sont un people slave qui parle le bosniaque, et la plupart d'entre eux sont musulmans. En 1999, la population bosniaque du Kosovo était estimée à 35 000 personnes. En 2001, les estimations de l'OSCE étaient de 32 000 personnes, et la communauté bosniaque fut estimée à environ 57 000 personnes en 2006. Elle a un siège réservé à l'Assemblée du Kosovo. Elle a été exclue d'une participation réelle à la vie politique, et est exclue des discussions sur le futur statut du Kosovo.
Les turcs parlent le turc et la plupart d'entre eux sont musulmans. Ils vivent principalement dans la région de Prizren. Le Kosovo fut sous la domination de l'Empire Ottoman de 1455 à 1912. Sous la constitution de la RFSY de 1974, les turcs bénéficièrent d'un statut égal avec les serbo-croates et les albanais au Kosovo. En 199, les dirigeants de la communauté turque estimaient que leur propre population comprenait entre 12 000 et 50 000 personnes. Elle a depuis substantiellement diminué et, en 2001, l'OSCE l'estimait à 12 000 personnes. Les turcs disposent de trois sièges réservés à l'Assemblée du Kosovo. Ils ont été exclus d'une participation réelle à la vie politique, et sont exclus des discussions sur le futur statut du Kosovo.
En 2001, la population gorani était estimée à 12 000 personnes. C'est un peuple slave qui parle le gorani comme langue maternelle et qui s'est converti à l'islam aux 18ème et 19ème siècles. Ils sont concentrés dans le sud de Prizren. Les goranis disposent d'un siège réservé à l'Assemblée du Kosovo. Ils ont été exclus d'une participation réelle à la vie politique, et sont exclus des discussions sur le futur statut du Kosovo.
Le Kosovo a toujours été multiethnique. Son histoire est très importante pour les identités albanaises et serbes. Les ethnies albanaises et serbes vivent au Kosovo depuis le 11ème siècle. De 1200 à 1455, le Kosovo faisait partie du Royaume serbe. C'est à cette époque-là que d'importants sites chrétiens orthodoxes furent construits au Kosovo. En 1389, la bataille de Kosovo Polje eut lieu entre une armée chrétienne orthodoxe menée par un prince féodal serbe et l'armée ottomane. Bien que les albanais aient combattu dans les armées des deux côtés de la bataille, et que les historiens ne sont pas d'accord sur l'aboutissement et l'importance de cette bataille, celle-ci est passée dans la mythologie serbe comme une défaite héroïque pour les serbes qui, dans la légende, furent martyrisés dans une bataille décisive pour la dominance ottomane de la région. Les ottomans finirent par conquérir le Kosovo en 1455, qui resta sous la domination ottomane pendant 450 ans. Pendant cette période, la plupart de la population du Kosovo devint musulmane. Le réveil nationaliste albanais commença au Kosovo avec la « Ligue de Prizren » en 1878 et, dans cette ère de réveil nationaliste européen, l'histoire de la chrétienne orthodoxe, y compris la mythologie entourant la bataille de Kosovo Polje, fut réinterprétée d'histoire religieuse en histoire ethno-nationale serbe.
En 1912, le Kosovo fut conquis et divisé entre la Serbie, le Monténégro et la Bulgarie. La plus grand partie se rendit en Serbie et devint une partie du Royaume des serbes, croates et slovènes (plus tard la Yougoslavie) après la première Guerre Mondiale. Le Kosovo était la région la plus pauvre du royaume, avec une population d'ethnie albanaise beaucoup plus pauvre que les serbes et les monténégrins, qui étaient soutenus par Belgrade. Pendant cete période, Belgrade expulsa 45 000 albanais du Kosovo et les remplaça par 60 000 colons serbes. Pendant la seconde Guerre Mondiale, l'Italie gouverna le Kosovo en tant que la grande Albanie. De nombreux serbes furent tués ou s'enfuirent.
Sous la République Fédérale Socialiste de la Yougoslavie (RFSY) de Josip Broz Tito, le pouvoir délégua progressivement aux autorités du Kosovo, bien qu'il soit formellement demeuré une partie de la République Socialiste de Serbie. En 1968, le gouvernement établit une université de langue albanaise dans la capitale du Kosovo, Pristina. L'université devint le centre du mouvement dissident albanais. Dans une tentative de désamorçage des mouvements nationaux, Tito approuva une nouvelle constitution en 1974, qui accordait des droits substantiels de gouvernement autonome au Kosovo, ainsi qu'à la province serbe de Vojvodina. Ceci exacerba le ressentiment des serbes.
Après la mort de Tito en 1980 et l'effondrement de l'économie yougoslave, la politique yougoslave devinrent de plus en plus centrée sur les lignes ethniques. La RFSY était maintenant gouvernée faiblement depuis Belgrade sous une présidence de huit personnes, son siège alternant chaque année entre les républiques constituantes et les provinces autonomes de la Serbie. Les albanais manifestèrent pour que le Kosovo devienne une république, particulièrement en 1981. Plusieurs furent arrêtés. D'autre part,à l'époque, les serbes, qui étaient effectivement une minorité, revendiquèrent qu'ils faisaient l'objet de discriminations par les autorités albanaises locales. En 1986, l'Académie Serbe des Sciences et des Arts publiait un mémorandum qui préparait le terrain intellectuel à la montée du nationalisme serbe, basé sur la mythologie historique entourant le Kosovo et les thèmes des représailles, comprenant les revendications sur la position serbe au sein de la RFSY. À la fin des années 1980, le Président serbe Slobodan Milosevic se servit de ce mécontentement dans sa montée au pouvoir, en défendant la cause de la « minorité serbe au sein d'une minorité » au Kosovo, et en se plaignant des moyens bureaucratiques employés pour réduire l'influence serbe au sein de la Yougoslavie.
En 1989, le Parlement serbe révoqua le droit d'autogouvernement au Kosovo et à Vojvodina, et les partisans de Milosevic prirent le contrôle du gouvernement républicain de Montenegro, apportant à Milosevic la moitié majoritaire des votes pour la présidence fédérale. Au Kosovo, l'ethnie albanaise fut évincée de l'administration de l'État. Etant donné que l'éducation et les médias albanais étaient considérablement restreints, les albanais, sous la direction de leur leader pacifiste, Ibrahim Rugova, mirent en place des structures politiques et sociales parallèles, y compris un système d'enseignement séparé.
L'emprise pour la montée au pouvoir de Belgrade dans la RFSY accéléra la séparation du Parti Communiste dans les autres républiques yougoslaves, y compris la Slovénie et la Croatie. Non seulement le Parti Communiste s'effondrait, mais les actions de Milosevic visant à consolider le contrôle serbe sur l'Armée Yougoslave Nationale (AYN) affaiblirent un autre pilier central de l'unité yougoslave. En réponse aux déclarations d'indépendance par la Croatie, la Slovénie, et ensuite la Bosnie et l'Herzégovine en 1991 et 1992, Milosevic envoya ses troupes. Les guerres en Croatie, en Bosnie et en Herzégovine allaient durer jusqu'à 1995. À cette époque, Milosevic n'entreprit aucune action militaire contre la population albanaise majoritaire au Kosovo, où les doléances serbes avaient alimenté son ascension politique. En décembre 1992, le Président américain George H.W. Bush publia ledit « l'avertissement de Noël », promettant une action militaire américaine immédiate contre la Serbie, si elle intervenait au Kosovo. Le Président Bill Clinton réitéra l'avertissement au début de l'année 1993. Alors que Washington détournait les yeux en réponse aux guerres en Croatie, en Bosnie et en Herzégovine, il craignait que la guerre au Kosovo et en Macédoine n'entraîne d'autres pays dans le conflit, y compris la Grèce et la Turquie, membres de l'OTAN sur des côtés opposés.
L'économie serbe avait connu un fort déclin sous Milosevic, et la population était lasse de l'isolation internationale. Avec sa popularité décroissante, Milosevic joua une fois de plus la carte nationale au Kosovo. En réponse aux attaques isolées sur la police et les civils serbes dans la province par un petit groupe de guérilla s'autoproclamant « l'Armée de Libération du Kosovo » (ALK), Milosevic ordonna, en février 1998, des attaques de représailles sur les milieux d'ethnie albanaise. Etant donné que, pendant cette montée de la violence, les États occidentaux ne montrèrent aucun signe d'intervention, Milosevic devint plus vigoureux et élargit son assaut aux civils albanais du Kosovo, ainsi qu'aux guérillas. Au début de l'année 1998, l'ALK était impopulaire auprès de la plupart des albanais, qui craignaient qu'elle ne déclenche le type d'assauts serbes que l'on avait pu récemment observer en Croatie et en Bosnie. Mais alors que Milosevic ciblait les civils, le nombre de morts et de déplacés grimpait, atteignant 30 000 personnes expulsées de leurs maisons en octobre 1998. La colère augmenta, créant un soutien albanais quasiment universel pour l'ALK en 1999. Le renforcement de l'ALK représentait une véritable menace croissante pour les minorités serbes du Kosovo, qui fournit à son tour un argument supplémentaire à Milosevic pour une propagande de guerre dans son pays. Au milieu des atrocités en augmentation, l'OTAN intervint en 1999, bombardant des cibles serbes au Kosovo et en Serbie elle-même. Près d'un million de personnes s'enfuirent ou furent expulsées du Kosovo entre mars et mai 1999 ; les bombardements de l'OTAN prirent fin en juin 1999, à la suite d'un accord avec Milosevic. Belgrade accepta de retirer ses forces du Kosovo et de permettre que la province soit placée sous l'administration des Nations Unies, bien que le territoire reste officiellement une partie de la Serbie, en attendant un accord sur le statut final. Presque tous les réfugiés d'ethnie albanaise affluèrent au Kosovo, retournant de la Macédoine, de l'Albanie et du Monténégro. Des études ultérieures établirent le nombre de personnes tuées pendant le conflit du Kosovo, principalement d'ethnie albanaise, à près de 10 000 .
À la fin du conflit, de nombreuses ethnies albanaises radicalisées considéraient l'ALK non seulement comme une force de libération, mais aussi de vengeance. La violence ethnique contre les communautés non albanaises, en particulier serbes et romas, éclata. Les forces de maintien de la paix de l'OTAN (KFOR) aidèrent à contenir la violence, mais les serbes, les romas et d'autres non albanais recherchèrent de plus en plus la sécurité dans leurs propres communautés, et le Kosovo devint encore plus divisé. La région du nord du fleuve Ibar devint la plus grande enclave serbe, et le gouvernement de Belgrade y conserva une forte influence. Enjambant l'Ibar, la ville de Mitrovica devint un point d'éclat grondant, ses communautés étant séparées par des postes de garde fortement armés de la KFOR. Le mois de mars 2004 connut une résurgence de la violence ethnique. Des manifestations contre le meurtre de trois enfants d'ethnie albanaise se transformèrent en un pogrom serbe et en des affrontements avec la KFOR et la police des Nations Unies. Les violences de 2004 ôtèrent la vie de plus de 28 civils et d'un soldat de la KFOR, et blessèrent des centaines de personnes ; 3 600 Serbes furent déplacés, et 30 églises serbes furent détruites, ainsi que 200 maisons serbes. Des violences éclatèrent encore en juin 2005, bien qu'à une plus petite échelle, avec des attaques coordonnées contre la présence internationale au Kosovo.
En 2001, la Serbie arrêta Slobodan Milosevic et le transféra à La Haye, où il fut mis en accusation par le Tribunal Criminel International pour l'ancienne Yougoslavie (ICTY). En plus des charges liées aux guerres en Croatie, Bosnie et Herzégovine, Milosevic fut accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité pour avoir prétendument ordonné les atrocités au Kosovo en 1998-1999. Il mourut subitement en 2006, alors que son long procès touchait à sa fin. Plusieurs autres officiels serbes et yougoslaves sont toujours en procès pour les atrocités présumées au Kosovo, ainsi que certains leaders des milices albanaises du Kosovo, y compris un Premier Ministre d'après la guerre, Ramush Haradinaj. Les procureurs et les juges internationaux impliqués dans le système judiciaire national du Kosovo ont également poursuivi des cas de crimes de guerre moins marquants.
En 1999, la Résolution 1244 du Conseil de la Sécurité des Nations Unies mit fin à la guerre au Kosovo, et mit en place une présence civile internationale intérimaire (Mission des Nations Unies au Kosovo - UNMIK) et une mission de maintien de la paix de la KFOR. L'UNMIK joua le rôle de dirigeant du gouvernement du Kosovo pendant huit ans. L'UNMIK est dirigée par un Représentant Spécial du Secrétaire Général (SRSG) qui détient l'ultime pouvoir de prise de décision au Kosovo, et qui peut annuler toutes décisions prises par les Institutions Provisionnelles du Kosovo de l'Autogouvernement (PISG). Le système de l'UNMIK de gouvernement intérimaire est compliqué et divisé en quatre piliers, avec des rôles définis à la fois pour l'Union Européenne et pour l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) : 1) police et justice (Nations Unies), 2) administration civile (Nations Unies), 3) construction de la démocratisation et de l'institution (OSCE) et 4) reconstruction et développement économique (Union Européenne). La résolution 1244 comportait des provisions pertinentes pour la protection des droits des minorités et des droits de l'homme, d'une manière plus générale. Celles-ci comprennent le respect des droits de l'homme et l'établissement et le transfert éventuel du pouvoir aux autorités kosovares.
Le Cadre de travail Constitutionnel du Kosovo adopté en 2001 comprend la protection des droits de l'homme et des droits des minorités. Les provisions pour les droits des minorités sont généralement trop vagues pour être efficaces, par exemple en relation avec l'usage de l'éducation et des langues. Les principaux traités internationaux pour les droits de l'homme sont directement applicables au Kosovo ; le problème est la mise en place et le contrôle. Une Loi Anti-Discrimination, qui procure un bon cadre de travail légal, reste elle aussi très largement non mise en place. Pour des raisons politiques, on n'a jamais confié à personne sa mise en place, mais cette mise en place et son contrôle ont été confiés au système judiciaire et à un Médiateur, ce dernier étant beaucoup plus efficace. De plus, la sensibilisation locale à cette loi est limitée. Le Plan d'Exécution des Normes du Kosovo, établi par l'UNMIK en 2004, explique comment parvenir à une société démocratique, sur la base des règles de loi et d'une égalité efficace. Il attribue la responsabilité à l'UNMIK et au PISG en ce qui concerne différentes questions importantes pour les minorités, telles que la garantie d'un retour durable, les règles de loi, la liberté de mouvement, la participation, ainsi que les questions économiques telles que l'accès à l'emploi. Il en reste cependant beaucoup à mettre en place.
La Constitution Cadre établit le PISG, y compris l'Assemblée du Kosovo, la présidence, le gouvernement, les courts et le médiateur. La représentation des minorités est garantie, avec des sièges réservés à l'Assemblée, et il existe un Comité des Droits et Intérêts des Communautés, composé de deux personnes de chaque groupe ethnique, qui est en mesure d'étudier ce projet de loi. Sur les sept personnes qui constituent la présidence de l'Assemblée, au moins une doit être serbe et une autre doit provenir d'une communauté non serbe et non albanaise. De plus, au moins deux ministres doivent être originaires de communautés minoritaires. Ce qui affaiblit ce mécanisme de participation est un manque de responsabilité des représentants des minorités envers leurs communautés, et un manque de pouvoir de l'Assemblée en général. Les mesures prises pour garantir la participation au niveau municipal ont été largement inefficaces. Il existe très peu de participation des minorités dans l'administration internationale ; toutefois, il faut remarquer qu'il y a également une participation insuffisante de l'ethnie albanaise dans l'administration internationale.
L'UNMIK et la KFOR se sont révélées être incapables ou non disposées à garantir une sécurité de base au Kosovo et à remettre à la justice les responsables des crimes contre les minorités, y compris les serbes, les romas, les ashkalias et les égyptiens. L'ethnie albanaise a mené le harcèlement et la violence contre ces groupes sur une base permanente, avec des pointes observées en 1999 et en mars 2004. Les membres des communautés minoritaires rencontrent de véritables barrières pour se déplacer en dehors de leurs camps ou des zones denses des milieux, y compris au niveau des transports publics, et ont des craintes quant à la sécurité dans leurs propres foyers. Malgré les garanties légales pour les droits linguistiques, religieux et culturels, dans la pratique, les groupes minoritaires craignent la violence s'ils parlent leurs langues librement, ou s'ils pratiquent leurs propres religions ou cultures. Ceci est particulièrement le cas pour les serbes et les romas, mais d'autres communautés ont également rencontré des problèmes. Il existe de nombreux exemples de personnes se faisant attaquer si elles parlent leur propre langue en public. De nombreuses églises chrétiennes orthodoxes ont été détruites. De nombreuses minorités pensent que l'échec des forces internationales à les protéger reflète une opinion que ces crimes et intimidations sont acceptables.
L'UNMIK a gouverné sans responsabilité. En plus de la non élection, une partie du problème est que les lignes de responsabilité entre l'UNMIK, le PISG et les institutions parallèles dans les denses milieux serbes ne sont pas nettes, et que les personnes ne savent pas à qui s'adresser pour parler de ce qui les concerne. Le boycott par de nombreux serbes des institutions du Kosovo affaiblit également leur efficacité.
Le plan Ahtisaari
Suite aux discussions entre les dirigeants serbes et albanais (mais non pas avec les minorités moins importantes), les Nations Unies envoyèrent Martti Ahtisaari pour dévoiler une proposition, en février 2007, qui constituerait la base des accords de fait du gouvernement indépendant du Kosovo. Pendant une période intérimaire, les administrateurs de l'Union Européenne remplaceraient les administrateurs des Nations Unies comme étant les autorités les plus élevées du territoire. Le plan Ahtisaari comporte un certain nombre de garanties importantes pour les minorités. Il comprendra des provisions constitutionnelles qui sauvegarderont les libertés et les droits de l'homme internationaux. Il existe des plans pour une décentralisation étendue qui mènerait à six districts serbes autonomes, dont certains comprendraient des villages à majorité albanaise. Le plan comprend également des protections spéciales pour les communautés minoritaires, dans une gamme de secteurs différents, y compris la sécurité et les secteurs publics, où la composition multiethnique du personnel serait garantie. Il existe également des sauvegardes parlementaires, faisant que certaines « lois citées puissent uniquement passer si une majorité de membres non albanais du Kosovo de l'Assemblée du Kosovo est en faveur de leur adoption », et garantissant la protection de l'Église Orthodoxe serbe.
Dans son discours déclarant l'indépendance kosovare, le 17 février 2008, le Premier Ministre Hashim Thaci indiqua clairement que le plan Ahtisaari fournissait un cadre de travail complet pour l'avenir du Kosovo, auquel son gouvernement promettait d'adhérer. De plus, il déclara ce qui suit : « Nous déclarons le Kosovo être une république démocratique, séculaire et multiethnique, dirigée par les principes de non-discrimination et de protection égale conformément à la loi ». Cependant, il est évident que, quelles que soient les intentions, la mise en pratique de cette vision au Kosovo représentera un défi considérable
Le 17 février 2008, le Parlement du Kosovo déclara son indépendance. Cette décision fut rapidement soutenue par les États-Unis et par certains États européens, y compris la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne, mais attira l'opposition d'autres comme l'Espagne, Chypre, la Grèce et la Bulgarie. La Russie s'opposa avec véhémence à la déclaration, recommandant avec insistance au Conseil de Sécurité des Nations Unies de déclarer cette décision comme « illégale », en signalant que cela bloquerait l'appartenance du Kosovo aux Nations Unies. On a pu observer de la colère et du ressentiment en Serbie, se concrétisant en attaques contre un certain nombre d'ambassades étrangères considérées comme avoir soutenu l'indépendance. Bien que cette déclaration marque la fin d'une phase de l'existence du Kosovo, il existe une grave incertitude quant à l'avenir, en particulier pour les minorités au sein de l'État autoproclamé, qui sera pour l'instant largement administré par l'Union Européenne.
Les albanais du Kosovo constituent une immense majorité de la population. Depuis l'assaut serbe de 1998-1999, qui coûta la vie à plus de 10 000 civils albanais, ils ont insisté pour ne plus jamais être gouvernés par Belgrade. Toutefois, la population minoritaire serbe - que l'on pense compter environ 140 000 personnes (en 2005) - s'oppose amèrement à un Kosovo indépendant. Dans la région nord-ouest du pays, prédominée par les serbes, des manifestations quotidiennes furent organisées contre cette décision, et les troupes de l'OTAN fermèrent les frontières nord après que des centaines de manifestants aient ravagé deux postes frontières. La rumeur dit que le bastion serbe du nord-ouest pourrait être séparé du Kosovo.
À l'approche de la déclaration de l'indépendance, le Premier Ministre Hashim Thaci jura de protéger les droits de toutes les minorités. Mais les préoccupations restent vives. À l'exception des serbes, les autres groupes minoritaires du Kosovo sont les romas, les ashkalias, les égyptiens, les croates, les bosniaques, les turcs et les goranis. Ces derniers groupes furent exclus des discussions internationales sur le statut du Kosovo.
La situation des minorités au Kosovo est complexe. Les serbes et les autres minorités du Kosovo, y compris des poignées d'albanais au nord du Kosovo à majorité serbe, font face aux conditions les plus hostiles de toute autre minorité en Europe. A la suite du retrait des forces serbes en 1999, les albanais radicalisés se tournèrent vers des communautés minoritaires, en particulier les serbes et les romas. Les pogroms de mars 2004, difficilement contenus par les forces de maintien de la paix de l'OTAN et par la police des Nations Unies, ôtèrent la vie à plus de 28 civils et à un soldat de l'OTAN, et blessèrent des centaines de personnes ; 3 600 Serbes furent déplacés, et 30 églises serbes furent détruites, ainsi que 200 maisons serbes. De nombreuses minorités ont fui le Kosovo.
La plupart des serbes qui restent sont toujours confinés pour leur propre protection dans des enclaves ethniquement homogénéisées, sous surveillance armée internationale, ou vivent au nord du fleuve Ibar, dans une région contrôlée par les serbes, qui conservent des relations étroites avec Belgrade. Les églises chrétiennes orthodoxes situées au sud de l'Ibar ont demandé la protection des forces de maintien de la paix de l'OTAN, afin d'éviter le vandalisme par des nationalistes albanais. Les serbes et d'autres minorités affrontent le harcèlement et la violence physique pour être qui ils sont, pour vivre dans leurs propres maisons lorsqu'elles appartiennent à la « mauvaise » communauté, et pour parler leur propre langue. Les autorités gouvernementales du Kosovo, les administrateurs et la police des Nations Unies, et les forces de maintien de la paix de l'OTAN ont été incapables ou peu disposées à remettre à la justice de nombreux auteurs de crimes dirigés contre les minorités.
Plusieurs années après le conflit, très peu de minorités sont retournées vivre dans les maisons qu'elles occupaient avant la guerre. En juin 2007, la Mission de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe du Kosovo énumérait plusieurs raisons à cela, y compris l'échec à reconstruire plus de 10 000 propriétés résidentielles détruites pendant ou après le conflit, l'inefficacité bureaucratique dans le traitement des demandes de logements et de compensation, et les craintes pour la sécurité, répandues parmi les personnes rentrant éventuellement chez elles. Ceux qui sont rentrés ont non seulement fait face à des menaces physiques, mais aussi à une forte exclusion économique, y compris la discrimination à l'emploi et la provision des prestations sociales.
En juin 2007, le Centre de Loi pour l'Humanité (HLC), une organisation non gouvernementale, publiait les résultats d'une enquête sur les minorités ethniques, enquête qui fut menée en 2006. Alors que l'on peut constater une amélioration de l'acceptation par la majorité albanaise des minorités turques, bosniaques, ashkalias et égyptiennes, y compris une liberté de mouvement plus importante, il y avait peu d'amélioration en ce qui concerne les serbes et les romas. L'enquête du HLC signalait que le gouvernement du Kosovo n'avait entrepris aucune tentative pour intégrer les élèves serbes dans le système éducatif du Kosovo ; les enfants serbes et certains enfants goranis suivaient des cours dans un système d'école parallèle financé et contrôlé par le gouvernement serbe. Il fut accordé que les enfants turcs et bosniaques pourraient recevoir un enseignement dans leurs propres langues dans les écoles dirigées par le Kosovo, mais ceci s'est révélé être difficile dans la pratique, en raison d'un manque important de manuels scolaires et d'enseignants formés. L'enseignement de la langue roma était indisponible, que ce soit dans les écoles du gouvernement ou dans le système d'éducation parallèle serbe.
Dans le domaine de l'éducation et dans d'autres domaines, le gouvernement et les administrateurs internationaux des Nations Unies ont eu des difficultés à développer des politiques à long terme, en raison du manque de clarté sur le statut final du Kosovo. Le statut dans les limbes a également eu un effet négatif plus direct sur les droits des minorités, en encourageant les extrémistes des deux côtés de la démarcation serbo-albanaise à s'approprier des positions maximalistes et à manœuvrer pour le contrôle du territoire en chassant les autres. Depuis 1999, la ville du nord divisée, Mitrovica/Mitrovicë, est un point d'éclat particulier à cet égard.
Après huit années de gouvernement international, les communautés albanaises et serbes du Kosovo restent plus divisées que jamais - un échec pour lequel les Nations Unies et la communauté internationale doivent accepter une partie importante de la responsabilité. Alors que la mission des Nations Unies au Kosovo approche de sa fin, l'Union Européenne commencera à assumer un rôle encore plus important. Son implication sera basée sur le plan révélé par l'envoyé des Nations Unies, Martti Ahtisaari, en février 2007. Les administrateurs de l'Union Européenne remplaceront ceux des Nations Unies, et une décentralisation étendue est prévue (voir ci-dessus). Mais beaucoup dépendra de la volonté des leaders serbes kosovars à coopérer avec ce plan, ou s'ils continueront à faire pression pour revendiquer la sécession.