La république d'Iraq, ou ancienne Mésopotamie, possède un territoire s'étendant sur 169 236 miles carrés (un mile équivalent à 1,6 km), et partage ses frontières avec le Koweït, l'Arabie Saoudite au Sud, la Jordanie à l'Ouest, la Syrie au Nord-Ouest, la Turquie au Nord et l'Iran à l'Est. Elle possède une très étroite zône côtière à Umm Qasr dans le golfe Persique. Le pays est principalement composé de désert, bien que les terres le long du Tigre et de l'Euphrate soient fertiles et luxuriantes ; il reste quelques marais dans le delta du Sud, bien qu'un grand nombre d'entre eux aient été intentionnellement drainés dans les années 1990. Les montagnes du Nord donnent accès à un Centre et un Sud plus plats. L'Iraq possède des réserves de pétrole considérables au Nord et au Sud, estimées être les secondes plus importantes du monde après l'Arabie Saoudite. Ces régions sont majoritairement occupées par les Kurdes et les Shias, respectivement, la plupart des Sunnis habitent le centre apuré en pétrole de l'Iraq.
Langues principales : arabe, kurde, turc.
Religions principales : Islam Shi'a et Sunni Twelver (Ithna'ashari) , Christianisme (églises orthodoxes et unies), religion Yezidi, religion Sabian.
Principaux groupes minoritaires : Shi'as Twelver (Ithna'ashari) (60-65 %), Arabes Sunni (20 %, bien que les estimations varient d'une manière importante et sont contestées), Chrétiens (3 %), Kurdes (15-20 %); Turkmènes (3 %), Chaldéens (750 000), Assyriens (225 000), Yezidis (600 000), Sabiens Mandéens (5 000 - 7 000), Faili (Kurdes Shi'a ), Shabak (200 000), réfugiés palestiniens (25 000), Sarliya-Kakaiya; Baha'i.
[Sources : CIA World Factbook 2007 for Shias, Kurds and Christians. Sunnis (estimation établie sur les rapports des médias de publication générale, mais les réclamations sont en cours de traitement). US CIRF 2007: Yezidis. Shabak and Sabian-Mandeans. 2006 US CIRF report: Chaldeans, Assyrians; UNHCR 2006: Palestinians ]
L'Iraq est composé de plusieurs groupes ethniques et religieux. Près de 96 % de la population du pays est musulmane. L'écrasante majorité est divisée en une grande majorité arabe Shi'a, une minorité arabe Sunni, et une minorité ethnique kurde qui est aussi majoritairement Sunni. Une estimation de 10 % de la population n'est pas arabe Shi'a, arabe Sunni ou kurde Sunni, et comporte des ethnies Shabaks, Turkmènes et kurdes Faili (Shi'a), ainsi que des Chrétiens, des Sabiens-Mandéens, des Yezidis et des Baha'is. Les ethnies Shabaks et Turkmènes adhèrent toutes deux aux Shia et aux Sunnis.
Sur une population de réfugiés palestiniens comptant entre 24 000 et 35 000 personnes au moment de l'invasion de l'Iraq en 2003, on estime qu'environ 20 000 personnes vivent encore sur le territoire. Favorisée en tant que pion politique sous le régime de Saddam Hussein, cette minorité principalement composée de Sunnis subit maintenant des attaques de représailles, y compris par les services de sécurité iraquiens.
Les fidèles de la religion Baha'i d'Iraq sont maintenant ciblés par les extrémistes islamiques parce qu'ils ne croient pas que Mohammed était le dernier prophète. Au cours de ces trente dernières années, les Baha'i n'ont pas été autorisés à posséder de pièces d'identité ni de documents de voyage : il leur est donc difficile de quitter le pays. Le gouvernement iraquien confirmait au mois de mai que les droits de la minorité Baha'i à posséder des pièces d'identité et des documents de résidence avaient été restaurés. En principe, cette décision met fin à plus de trente années de refus d'identité pour la communauté Baha'i d'Iraq. Le MRG cherche maintenant à s'assurer que cette décision soit appliquée en pratique. L'ancienne communauté juive d'Iraq a pratiquement entièrement disparu de par l'émigration, son histoire datant de 2 600 ans arrivant à sa fin, étant donné que sa population comptait autrefois 150 000 personnes, et a maintenant atteint environ 20 en octobre 2005, d'après les Nations Unies.
L'Iraq fut constitué par les trois provinces ottomanes de Basra, Bagdad et Mosul, annexées par l'Angleterre en 1916-18. En 1921, l'Angleterre fit de l'Iraq une monarchie sous le roi Hashemite Faisal, récemment évincé de la Syrie. À cette époque, la séparation politique du « Kurdistan sud » (c'est-à-dire les zones kurdes sous contrôle britannique) était encore à l'étude, mais Faisal demanda son inclusion comme pré-condition vitale d'acceptation de la couronne. Son motif était simple : sans la prédominance des kurdes Sunnis, les arabes Sunnis seraient considérablement surpassés en nombre par les arabes Shias. Son régime, et celui de chacun de ses successeurs, assura le contrôle des Sunnis et des arabes. La monarchie autorisa davantage de représentation communautaire que ses successeurs, mais resta dépendante des notables et chefs cooptés. L'Etat manqua à suffisamment engager les minorités. Les loyautés familiales, tribales, ethniques ou confessionnelles prédominent toujours les citoyens iraquiens moyens, bien que l'épreuve de la guerre Iran-Iraq 1980-88, ait davantage contribué à forger l'identité nationale iraquienne que tout autre événement.
En 1958, la monarchie fut renversée. Il sembla possible, pendant quelques temps, de pouvoir édifier une république sur la base de principes égalitaires communautaires et individuels, mais l'instigateur du coup d'État, le Brigadier Qasim, devint de plus en plus méfiant de tout pouvoir résidant ailleurs que dans ses propres mains. Après son éviction en 1963, les nationalistes arabes et les Ba'athists (voir la Syrie pour les origines Ba'ath) prirent la relève, mais les seconds furent bientôt marginalisés. En 1968, cependant, les Ba'athists évincèrent les nationalistes arabes et établirent un État à parti unique.
Le nouveau Vice-président, Saddam Hussein, émergea comme le membre le plus puissant du régime. Il mit en place un régime de police secrète et d'informateurs si développé que les Iraquiens ordinaires craignèrent d'émettre des critiques politiques, même en privé. Après avoir vaincu les Kurdes en 1975, Saddam Hussein chercha à détruire les dirigeants de tous les autres groupes qui pouvaient représenter une menace pour le régime. Toutes les formes d'associations sociales et économiques furent infiltrées afin d'identifier et d'éliminer tous ceux qui s'opposaient au régime totalitaire, maintenant en cours de création. Lorsque Saddam Hussein prit la présidence en 1979, il évinça des centaines de membres supérieurs de l'administration, réduisant le régime à un petit cénacle depuis sa ville natale de Tikrit, à sa famille et à ses amis de confiance. Les Ba'ath devinrent dans leur ensemble sans rapport avec l'exercice du pouvoir.
En 1980, Saddam Hussein lança une guerre à grande échelle contre l'Iran, croyant qu'il pourrait le vaincre rapidement. Mais l'Iran repoussa rapidement les forces iraquiennes. Hussein fit un usage notoire d'armes chimiques contre les forces iraniennes et lors de la « campagne Anfal » génocidaire de la fin des années 1980, visant également les Kurdes iraniens, qui représentaient une menace nationale à son régime. L'Iran n'accepta un cessez-le-feu qu'en 1988, lorsque le soutien occidental pour l'Iraq rendit la victoire iranienne impossible. Deux ans plus tard, Saddam Hussein attaqua le Koweït et perdit son soutien occidental. L'Iraq fut placé sous un embargo commercial international. Ayant refusé de se retirer sans conditions, les forces iraquiennes furent expulsées du Koweït par les forces de la coalition internationale dirigée par les Américains. Au milieu des années 1990, l'Iraq resta sous embargo à cause de sa réticence à appliquer pleinement les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies concernant les stocks d'armes. Malgré un « programme d'échange de pétrole contre de la nourriture » (Oil-for-Food Program) administré par les Nations Unies, le peuple iraquien se retrouva privé de stocks alimentaires et d'autres commodités essentielles, et le pays fit faillite. Il apparut plus tard que certains officiels supérieurs des Nations Unies et des gouvernements nationaux avaient accepté des pots-de-vin de la part du gouvernement iraquien en échange de faveurs politiques et de détournements de fonds vers le régime de Saddam Hussein. La région kurde du nord de l'Iraq entra cependant dans une période de calme relatif et de stabilité économique sous une réglementation autonome, largement protégée des attaques du régime par une zone interdite de vol, et fit meilleur usage de sa part des fonds du « programme d'échange de pétrole contre de la nourriture ».
Bien que la guerre du Golfe vit les forces de la coalition se diriger vers Bagdad, et qu'il y ait la possibilité qu'elles entrent dans la capitale et renversent Saddam Hussein, le Président George Bush Senior ne suivit pas le mouvement et se retira. Avant de faire cela, il encouragea cependant les Iraquiens à se soulever contre Hussein, avec la promesse que les États-Unis supporteraient leurs campagnes. Toutefois, ceci ne se concrétisa pas du tout, et mena à des pogroms et massacres contre les arabes Marsh et contre des groupes importants de Shias dans le sud du pays. Hussein organisa des tueries de représailles contre de nombreux Iraquiens, une campagne d'extermination comparable dans une certaine mesure à la précédente campagne Anfal contre les Kurdes du nord, où des villes et des populations entières furent décimées par les forces de Saddam Hussein. L'Occident jeta un œil aveugle sur ces pogroms, mais maintint les sanctions économiques contre le régime et lança des attaques militaires occasionnelles contre les troupes d'Hussein.
Cependant, en mars 2003, les Etats-Unis, soutenus par le Royaume-Uni et plusieurs autres alliés, lancèrent une invasion massive de l'Iraq sans l'autorisation des Nations Unies. L'administration Bush entra en guerre sur deux prétextes qui se révélèrent par la suite catégoriquement faux : que l'Iraq disposait d'armes de destruction massive qui représentaient non seulement une menace pour la région, mais aussi pour l'Occident, et qu'au moyen de liens avec al-Qaeda, Hussein était lié aux attaques terroristes du 11 septembre 2001 sur New-York et Washington. Il apparut rapidement que les gouvernements de Bush et de Blair avaient manipulé les rapports sceptiques des services de renseignements sur ces questions, afin de supporter une décision politique de déclarer une guerre pour la destitution d'Hussein.
Bagdad tomba rapidement sous la force de l'invasion ; mais, alors qu'une résistance militaire formelle s'effondrait, une insurrection Sunni naissait. Entretemps, la majorité Shia, goûtant au pouvoir pour la première fois dans l'histoire du pays, forma ses propres organisations militantes, certaines avec quelques liens étroits avec les nouvelles structures gouvernementales, et les kurdes s'organisèrent pour maintenir et étendre leur contrôle jusqu'au nord avec sa richesse pétrolière. Après quatre ans de combats sanglants, de morts - principalement des civils iraquiens - se comptant par centaines de milliers, et le déplacement de millions de personnes, la situation est plus instable qu'elle ne l'était avant l'invasion.
Après l'éviction du gouvernement de Saddam Hussein, une «Aautorité Provisoire de Coalition » (Coalition Provisional Authority' (CPA)) sous la gouverne des Américains prit la responsabilité d'administrer le gouvernement. Toute la bonne volonté que les puissances occupantes avaient obtenue en renversant Hussein, qui était fortement méprisé par les Shias et les kurdes, se dissipa rapidement. Des nombres inappropriés de troupes étrangères attendaient pendant que les bâtiments du gouvernement étaient pillés par des bandits et que l'ordre public se dégradait. Des dépôts de munitions immenses furent laissés sans surveillance dans tout l'Iraq - même lorsque l'administrateur de la CPA, Paul Bremer, dispersa l'armée iraquienne Sunni majoritaire, les forces du Ministère de l'Intérieur et la garde présidentielle en mai 2003. Pendant la nuit, cette décision mit 720 000 hommes iraquiens armés au chômage, au moment où des insurgés Sunnis s'organisaient pour destituer la réglementation des Shias majoritaires, et contre la présence étrangère qui la rendait possible. Les abus exercés par les américains et d'autres forces internationales en Iraq, en particulier l'usage de la torture et de l'humiliation contre les détenus à la prison d'Abu Ghraib enragèrent les Iraquiens, et renforcèrent l'insurrection Sunni, tout comme les milices Shias.
Un gouvernement provisoire iraquien mis en place par les américains remplaça le CPA lorsque la loi de mars 2004 d'administration de l'État de l'Iraq pour la période transitoire entra en vigueur au mois de juin 2004. Les quotas ethniques et sectaires employés pour constituer le nouveau gouvernement fit que les Sunnis se sentirent sous-représentés. La plupart des Sunnis boycottèrent les élections de l'Assemblée Nationale en juin 2005, et les Shias et les Kurdes contrôlèrent le nouveau gouvernement transitoire sous l'autorité du Shia Iyad Allawi, qui remplaça le gouvernement provisoire en mai 2005. Les forces de sécurité du gouvernement dominées par les Shias répondirent aux attaques militaires et terroristes menées par les insurgés Sunnis avec forte brutalité contre les communautés Sunnis. Des campagnes mutuelles de nettoyage ethnique ciblant les communautés Sunnis et Shias battaient leur plein.
Le Parlement approuva le projet d'une nouvelle constitution en août 2005, suivi par son adoption par un référendum populaire en octobre 2005. Les élections de décembre 2005 destinées à élire un premier Parlement à terme complet virent une plus grande participation des Sunnis, bien que dans une campagne gâchée par une violence sectaire et ethnique continue. Il fallut attendre jusqu'à mai 2006 pour que la nouvelle Assemblée Nationale nomme le Shia Nuri Kamal al-Maliki en tant que Premier Ministre iraquien. (Le Président Jalal Talabani est kurde et le Vice-président Tariq al-Hashemi est Sunni).
La nouvelle constitution définit le système de gouvernement iraquien comme fédéral, avec des implications significatives pour les relations majorité-minorité, à un moment où la définition même de ceux qui constituent une « minorité » en Iraq devenait changeante. En terme de leur marginalisation politique, les Kurdes et les Shias arabes étaient des minorités dans l'Iraq Ba'athist, mais c'étaient maintenant les Sunnis arabes qui redoutaient cette marginalisation de la part du pouvoir.
Le fédéralisme a longtemps été la question la plus litigieuse au sein du débat constitutionnel iraquien. Les questions sur les revenus du pétrole et le fédéralisme étaient étroitement liées. La majorité des Sunnis vivent dans le centre pauvre en pétrole de l'Iraq, donnant à la communauté une forte incitation à soutenir le gouvernement central et à partager les revenus maximaux du pétrole - particulièrement s'ils pouvent retrouver leur dominance politique de longue date. Les kurdes et les Shias prédominent dans le nord et le sud riches en pétrole, respectivement, ils sont par conséquent fortement incités à s'opposer à de fortes institutions centrales et à un partage des revenus entre les régions. Bien que les Shias disposent d'une majorité numérique dans l'ensemble du pays, et d'un nouvel accès au pouvoir politique au centre, ils sont moins concernés par une autonomie régionale. Entretemps, les kurdes sont ceux qui ont le plus exprimé leurs opinions et insisté sur le fédéralisme, disposés à maintenir ou même à accroître leur autonomie comme lors de la Loi Transitionnelle sous le Gouvernement Régional du Kurdistan.
La constitution déclare que les ressources en pétrole et en gaz de l'Iraq appartiennent à toute la population et qu'elles seront administrées par les autorités fédérales en coopération avec les gouvernements des régions et provinces productrices, et d'une certaine manière, cela garantira un développement équilibré dans tout le pays. Toutefois, malgré une immense pression américaine, le gouvernement Al-Malaki fut incapable de forger un consensus sur un projet de loi sur le pétrole important au Parlement.
L'article 4 de la Loi Transitionnelle déclarait que « les systèmes fédéraux seraient basés sur des réalités géographiques et historiques et sur la séparation des pouvoirs, et non sur l'origine, la race, l'ethnie, la nationalité ou la confession ». La constitution ne comporte cependant pas cette clause. Elle souligne les pouvoirs des autorités fédérales au Chapitre 4, stipulant que l'autorité fédérale maintiendra l'unité de l'Iraq.
Les voisins de l'Iraq ont pris un intérêt dans la lutte de l'Iraq, qui compromet le fédéralisme. L'Iran à majorité Shia et l'Arabie Saoudite à majorité Sunni ont observé des tensions Shias-Sunnis avec intérêt et inquiétude, et l'autonomie kurde en Iraq affecte potentiellement les relations de la Turquie avec sa population kurde. En septembre 2005, le Ministre des Affaires Étrangères d'Arabie Saoudite fit part de ses craintes que l'Iraq ne se divise, ne prive sa population Sunni des droits électoraux, et n'entraîne les pays voisins dans un conflit plus étendu.
Une grande partie de l'activisme des ONG et l'attention des médias se concentraient plus sur la question de la protection des minorités religieuses dans le nouveau projet de constitution. Il existait certaines craintes que la référence à l'Islam comme « la principale » source de législation, plutôt qu' une source de législation parmi d'autres sources législatives (comme stipulé dans la Loi Transitionnelle) ne compromette les droits des minorités religieuses en imposant une loi Sharia. La constitution revint cependant sur le terme de l'Islam comme étant « une » source de base de la législation dans son article 2. Les minorités religieuses s'inquiétaient aussi sur la référence qu'aucune loi ne serait introduite en Iraq qui contredirait les règles de l'Islam, car cela pourrait être utilisé pour réprimer les droits des minorités et interdire la conversion de l'Islam vers une autre religion. Cela pourrait de plus être interprété pour destituer les droits des femmes, comme cela est le cas dans d'autres pays musulmans tels que le Pakistan. La constitution va dans le sens qu'aucune loi ne soit en conflit avec les règles de l'Islam, mais qu'elle ne soit également pas en conflit avec les principes de la démocratie ou avec les droits et libertés maintenus dans la constitution. L'article 2 garantit de plus les pleins droits religieux pour tous, tout en conservant l'identité islamique de la majorité, et en reconnaissant l'Iraq comme un pays d'ethnies et de religions multiples. Puisque la Cour Fédérale Suprême Iraquienne a le devoir de surveiller la constitutionnalité de la législation, elle a pour tâche de s'assurer que les trois principes - Islam, démocratie et droits - soient maintenus. De façon idéale, ceci apporterait une considération équilibrée des trois critères dans toute la législation, bien que les normes légales en elles-mêmes ne soient pas en mesure de sécuriser les droits des minorités en Iraq. Par exemple, la constitution interdit toute coercition en matière de pensée et de religion, comme le faisait la Loi Transitionnelle de l'Administration ; toutefois, cette provision fut inefficace à la lumière du fait que des dizaines de milliers de minorités se sont enfuies de l'Iraq depuis mars 2003.
Les droits des femmes font l'objet d'une grave inquiétude. Dans un environnement où les militants armés sont rampants, et où un grand nombre d'entre eux adhèrent aux interprétations strictes de l'Islam Shia ou Sunni, de nombreuses femmes sont obligées de se voiler - même si celles qui ne sont pas des musulmanes ou des chrétiennes pratiquantes. De nombreuses étudiantes chrétiennes choisissent de se diriger vers des études supérieures, afin de pouvoir échapper aux pratiques restrictives qui leur sont imposées.
Violence sectaire
Les arabes Shias et Sunnis vivant comme minorités numériques dans une majorité de l'autre communauté subissent de graves menaces dans toutes les régions du pays, ciblés par la rivalité des milices pour le pouvoir et les terres, ou un exercant un châtiment pour les attaques de l'autre côté. La violence sectaire est particulièrement virulente depuis février 2006, lorsque des militants Sunnis ont bombardé l'une des mosquées Shias les plus saintes à Samarra. Au sein de la majorité numérique Shia, nombreux sont ceux qui ont hâte de consolider le contrôle sur le pays, alors que les Sunnis devenus minoritaires, après avoir longtemps dominé, craignent la persécution. La pendaison de Saddam Hussein en décembre 2006 à la suite d'un procès pour crimes de guerre contre l'humanité fut jugée profondément nuisible par les avocats des Droits de l'Homme qui ne firent rien pour enrayer ces craintes. En août 2007, le principal groupe Sunni se retira du gouvernement du Premier Ministre Nouri al-Maliki, l'accusant de sectarisme. Au mois d'octobre, malgré une intense pression internationale, le gouvernement iraquien n'était toujours pas parvenu à un accord sur la manière dont les revenus générés par le pétrole du pays seraient partagés ; les Sunnis, particulièrement ceux du centre du pays pauvre en pétrole, craignaient que les effeorts des Shias et des kurdes aboutissent à la conservation des revenus dans le sud et le nord riches en pétrole.
Les miliciens radicaux Shias ont de francs partisans dans le gouvernement, et ont infiltré la Police Nationale Iraquienne et, dans une mesure moins importante, l'Armée iraquienne ; à l'intérieur des services secrets, comme à l'extérieur, des milices et des escadrons de la mort continuent à cibler les civils Sunnis. Ils ont également particulièrement ciblé la communauté palestinienne en Iraq, en matière d'enlèvements, de torture et de meurtres. Les Palestiniens sont Sunnis et reçurent un traitement privilégié dans le pays sous le régime de Saddam Hussein. Les États-Unis accusent l'Iran de soutenir certains militants. Dans le sud de l'Iraq à prédominance Shia, les milices Shias se sont affrontées entre elles pour les ressources et le pouvoir.
Plusieurs des attaques Sunnis sur les Shias ont été perpétrées par des milices dirigées par des étrangers, y compris « Al Qaeda in Iraq », et ont souvent impliqué des véhicules piégés et des attentats-suicides à la bombe. Au mois de février, une bombe déposée sur un marché Shia de Bagdad tuait 137 personnes ; au mois d'avril, cinq véhicules piégés ciblant des Shias à Bagdad tuèrent 200 personnes en un seul jour. Au mois de septembre, dans le cadre d'une offensive annoncée pendant le mois saint du Ramadan, les militants Sunnis menèrent une vague d'attentats-suicides à la bombe et d'autres attaques, aussi en septembre. En 2007, les militaires américains commencèrent à armer et à former des milices loyales aux chefs des tribus traditionnelles Sunnis, dont certains d'entre eux sont hostiles aux militants Sunnis étrangers. Les leaders Shias se sont méfiés de cette tactique, s'inquiétant que le support pour la militarisation Sunni puisse éventuellement déclencher des attaques sectaires sur leurs communautés.
La violence sectaire incessante a poursuivi le processus de ségrégation entre les Iraquiens Shias et Sunnis. En 2007, le gouvernement intervint pour tenter de consolider la pratique courante des mariages sectaires mixtes en Iraq, en introduisant des primes pour les nouveaux couples mariés mixtes Sunnis-Shias. Entretemps, les agents immobiliers de Bagdad connaissaient un essor économique en organisant des échanges d'habitations entre les minorités Shias et Sunnis, aux alentours de Bagdad. Alors que la ségrégation se confirme dans la ville et dans le pays, la vie des minorités sectaires restantes est devenue de plus en en plus périlleuse.
Les forces internationales, principalement américaines, ont été réticentes à mener une action au nom des groupes minoritaires moins importants, en particulier parce que le désespoir politique de trouver une manière de sortir du bourbier en Iraq signifiait de plus en plus de trouver un compromis avec les trois groupes dominants, dont les éléments sont habituellement responsables du ciblage des groupes moins importants. De plus, la plupart des minorités moins importantes n'ont pas leurs propres milices, et doivent compter sur la police qui est souvent corrompue ou l'auteur de violences ethniques et sectaires.
Attaques contre les non musulmans
Les minorités chrétiennes de l'Iraq, des anciennes communautés chaldo-assyriennes aux chrétiens orthodoxes parlant le syriaque, jusqu'aux arméniens qui ont fui l'Iraq au début du règne de l'Empire Ottoman du 20ème siècle, font toutes maintenant l'objet d'une grave menace. Dans tout l'Iraq, les extrémistes islamiques Shias et Sunnis ont ciblé les familles chrétiennes, les forçant à les payer pour assurer leur protection. Si les fonds viennent à manquer, on leur donne le choix entre la conversion, la fuite ou la mort. Parmi les chrétiens qui restent, on oblige les femmes à porter l'abaya musulmane qui recouvre tout le corps. Des menaces de mort obligèrent le dernier pasteur anglican, un citoyen britannique, à fuir l'Iraq en juillet 2007. Il témoigna devant la Commission Américaine pour la Liberté Religieuse Internationale (US CIRF) que, en une seule semaine, au début du mois de juillet, 36 de ses fidèles avaient été kidnappés.
L'année 2007 fut une année de dévastation pour les Yezidis, d'ethnie et de langue kurde, qui adhèrent à une foi préislamique datant de 4 000 ans. À la suite d'une fatwa, ou instruction religieuse provenant d'un groupe militant Sunni appelé État Islamique d'Iraq, demandant la mort des Yezidis, des militants censés être Sunnis firent sortir 23 hommes Yezidis d'un autobus et les exécutèrent, en avril 2007. Le même groupe d'extrémistes fut l'auteur de l'attaque terroriste la plus dévastatrice de la guerre d'Iraq, en août 2007 : quatre camions piégés tuèrent presque 500 Yezidis, dans deux villages des Plaines de Nineveh, le long de la frontière syrienne. La région est un territoire contesté stratégiquement important. A la suite de l'offensive américaine contre les insurgés Sunnis dans le sud, des rapports signalent que « Al Qaeda in Iraq » a augmenté sa présence dans la région. De nombreux Yezidis fuirent le pays, et ceux qui restent ont maintenant peur de voyager en dehors de leurs communautés. Les fermiers Yezidis sont en train de perdre leurs moyens d'existence parce qu'ils ne peuvent plus se rendre sur les marchés pour y vendre leurs produits. Au mois d'octobre, le New York Times rapportait que des craintes de sécurité avaient mené les Yezidis à ne plus fêter leurs cérémonies religieuses.
Les Sabiens-Mandéens, qui pratiquent une ancienne croyance gnostique, sont menacés d'extinction en tant que peuple. Environ 80 % de la population a été expulsée ou tuée depuis 2003. D'après le témoignage du dirigeant de l'Union des Associations Mandéennes devant l'US CIRF au mois de juillet, il reste seulement 5 000 adhérents en Iraq. Malgré la reconnaissance des Sabiens-Mandéens selon la loi islamique comme un peuple devant être protégé, les militants islamiques Shias et Sunnis ont ciblé ce groupe. Et leur tâche est facilitée par le fait que leurs croyances leur intersent de pratiquer l'auto-défense. Des centaines de meurtres, d'enlèvements et d'incidents de torture ont souvent été accompagnés d'une rhétorique accusant les Sabiens de sorcellerie, d'impureté et d'adultère systématique. Les femmes sabiennes-mandéennes furent cibles de viol et de mort pour avoir refusé de se voiler. À Bagdad, les orfèvres et bijoutiers mandéens furent cibles de vols et de meurtres à des taux beaucoup plus élevés que leurs collègues musulmans.
Les femmes iraquiennes durent supporter un fardeau particulier sur la base de la discrimination sexuelle. Un grand nombre de veuves trouvèrent peu d'opportunités de gagner de l'argent. Le gouvernement iraquien estime que les mariages mixtes entre arabes Shias et Sunnis comptent pour près d'un tiers de tous les mariages en Iraq. Les militants et les familles Shias et Sunnis ont obligé de nombreux couples sectaires mixtes à se séparer, mettant encore plus de femmes dans l'incertitude économique. Les femmes iraquiennes, beaucoup d'entre elles non musulmanes, ont rapporté de nombreuses menaces de mort pour ne pas avoir entièrement couvert leurs têtes et leurs corps conformément aux stricts enseignements islamiques. Les enlèvements, les viols et l'esclavage sexuel des femmes ont également augmenté.
Conflit dans le nord
Les kurdes du nord ont une réglementation autonome, avec des centres à Erbil et à Suleimaniyyeh, et sont en train de rédiger une constitution locale pour les régions kurdes. Les aspirations kurdes pour un Kurdistan indépendant sont un anathème pour l'Iran, la Syrie et la Turquie, qui ont tous des minorités kurdes avoisinantes, qui, ils craignent, chercheraient à rejoindre un tel nouvel État. Au cours de l'année 2007, l'inquiétude de la Turquie croissait sans cesse au sujet des attaques sur son territoire menées par des militants du Parti des ouvriers kurdes (Kurdish Workers' Party (PKK)), qui utilisent l'Iraq du nord comme refuge. Au mois d'août, la Turquie et l'Iraq signèrent un accord sur la coordination d'efforts visant à combattre le PKK, mais les incursions transfrontalières se poursuivirent en septembre et en octobre. Au mois de novembre, la Turquie déplaça 100 000 hommes et des armes lourdes vers la frontière, et l'éventualité d'une implication turque en Iraq menaçait de perturber le nord relativement calme, où les minorités moins importantes avaient le plus souffert des violences survenues dans cette région. Au moyen d'une intense diplomatie américaine avec la Turquie et d'une pression exercée sur le gouvernement kurde iraquien afin qu'il cesse d'assister le PKK, on espérait qu'un tel scénario puisse être évité.
La violence entre les kurdes et les arabes augmenta pendant l'année 2007, au moment où un référendum proposé pour la fin de l'année sur le futur statut de la ville de Kirkuk riche en pétrole approchait. La constitution iraquienne prévoit que le référendum décide si la province de Kirkuk doit rejoindre ou non la région autonome du Kurdistan. En avril, le gouvernement central approuva un accord de motivation pour les arabes Sunnis installés de force dans le Kirkuk sous le régime de Saddam Hussein, afin qu'ils puissent retourner dans leurs régions natales du sud. Selon un ministre iraquien, vers le mois d'octobre, 1 000 familles arabes Sunnis acceptèrent un paiement d'environ 15 000 USD pour quitter leurs habitations du Kirkuk. Toutefois, alors que les kurdes considèrent Kirkuk comme la capitale du Kurdistan iraquien, de nombreux arabes et turkmènes s'opposèrent à l'idée, et des minorités moins importantes, dont les shabak, les faili, les arméniens et les chrétiens chaldo-assyriens, furent pris de cours. Les forces du Gouvernement Régional du Kurdistan, ainsi que les milices kurdes, prirent les arabes et les turkmènes comme cibles, y compris par l'usage de tactiques d'enlèvements et de torture. Les militants arabes Sunnis de plus en plus opposés au projet d'intégrer Kirkuk dans le Kurdistan, lancèrent des attaques contre des cibles kurdes.
Les turkmènes considèrent que Kirkuk leur appartient historiquement. De par cette opposition à l'obtention du contrôle par les kurdes de la région du Kirkuk et de la ville pétrolière de Mosul tout autant contestée, la Turquie apporta son soutien aux milices turkmènes qui s'affrontaient aux forces kurdes. Hormis cette compétition pour les terres, les Turkmènes étaient ciblés sur des sols sectaires, leurs femmes étant particulièrement vulnérables. En juin 2007, quatre soldats iraquiens Shias furent chargés du viol d'une femme turkmène Sunni à Tel Afar - ce fut l'un des nombreux incidents signalés. En juillet 2007, une attaque à la bombe sur une place de marché visant les turkmènes Shias tua entre 130 et 210 civils, pour la plupart des femmes et des enfants.
Les militants kurdes harcelèrent également la petite communauté ethnique shabak. Dans le but d'étendre leurs réclamations de terres au Nineveh dans le nord, ces Kurdes affirment que, malgré la langue différente des shabaks et leur reconnaissance en tant que groupe ethnique, les shabaks sont vraiment kurdes. De plus, la majorité des shabaks, qui est Shia, avait été ciblée par les militants Sunnis. En juillet 2007, un parlementaire shabak déclara que des militants Sunnis avaient tué environ 1 000 Shabaks et en avaient déplacé 4 000 autres de la région du Mosul, depuis 2003.
Les faili, qui sont des kurdes Shias, font également l'objet de menaces pour des raisons sectaires. En juillet 2007, un camion piégé posté devant un café fréquenté par les faili dans la ville d'Amirli tua 105 personnes et en blessa près de 250 autres. Les journalistes soupçonnèrent que l'attentat était lié au prochain référendum sur l'autonomie kurde.
Un avenir sombre
Malgré l'élection du Parlement et le projet de constitution, la perspective d'une guerre civile à grande échelle entre les milices Shias et les insurgés Sunnis, qui menace l'existence même de l'Iraq en tant que pays, est encore très réelle. Une « vague » d'environ 28 000 soldats américains supplémentaires était sensée rétablir l'ordre dans le pays. La diminution des niveaux de violence rapportée à Bagdad à la fin de l'année 2007 offrit une tentative d'espoir - mais il est clair qu'il reste encore un long chemin à parcourir par le pays, avant qu'il n'émerge des abysses de la post-invasion. Et le succès de la stratégie de vague n'est nullement assuré. L'opposition à la guerre a considérablement augmenté aux États-Unis, et l'administration Bush doit faire face à des appels plus forts pour le retrait des troupes. Au mois d'octobre, le gouvernement britannique annonçait qu'il retirait 1 000 troupes - soit 20 % de ses forces armées - de l'Iraq avant la fin de l'année 2007.