Les sociétés européennes n'ont jamais été statiques, et la transformation se poursuit parmi les 47 membres et un État candidat du Conseil de l'Europe (COE) : de l'Islande au Nord de l'Atlantique jusqu'à la Russie eurasienne et la Turquie à l'Est. Les bouleversements politiques et économiques, ainsi que les guerres, encouragent les migrations vers et au sein de l'Europe depuis des siècles. Le retournement des populations européennes et l'influx des immigrés influencèrent certaines minorités de peuples indigènes et créèrent des sociétés riches en diversité ethnique, linguistique et culturelle. Au cours des dernières années, les développements affectant les groupes minoritaires inclurent l'effondrement du communisme européen et de l'Union Soviétique elle-même ; les conflits dans les Balkans et au-delà ; l'approfondissement des disparités économiques entre l'Europe et les pays pauvres - en particulier l'Afrique ; de faibles taux de natalité dans de nombreux pays européens ; et l'extension de l'Union Européenne. Ces facteurs, ainsi que d'autres, apportèrent de manière variable des persécutions et des crises, mais, de plus en plus, des nouvelles opportunités et des protections envers les minorités européennes.

Les populations indigènes

Certaines populations indigènes d'Europe subirent longtemps la pression d'arrivants plus récents, dont les cultures étaient devenues dominantes au moyen d'un certain concours de majorités numériques changeantes, de politiques d'intégration déclarées, de disparités économiques et d'impérialisme. De nos jours, ces groupes indigènes ont généralement des intérêts similaires dans la préservation culturelle, les droits linguistiques, la représentation politique, l'accès à la justice et, souvent, les droits fonciers.

Pour les populations indigènes marginalisées telles que celles du Nord de la Russie, d'Extrême-Orient et de Sibérie, les défis peuvent varier en fonction des circonstances politiques : dans leur cas, il s'agit des menaces de russification, d'accords forcés, et d'industrialisation de l'ère soviétique, jusqu'à la perte de terres due au développement des industries d'extraction de nos jours.

Les groupes indigènes couvrent souvent les frontières, et sont soumis à des politiques différentes. Par exemple, alors que la Norvège, la Suède et la Finlande avaient toutes amélioré leurs politiques pour protéger la langue et la culture du peuple Samui, la langue sami est une langue officielle en Norvège, largement reconnue en Suède, mais considérée comme une langue minoritaire régionale en Finlande.

Les gouvernements ne traitent pas toujours leurs populations indigènes et minoritaires de manière égale. Alors que l'Irlande a fait de grands pas vers la protection et la promotion de la langue irlandaise, elle maintient des obstacles légaux envers la culture nomade traditionnelle des Romanichels, qui font toujours face à la discrimination, particulièrement par les autorités locales.

Les minorités indigènes et non-indigènes d'Europe peuvent être confrontées à la discrimination, et même au refus de la nationalité. Sur tout le continent, les Romanichels restent le groupe le plus vulnérable, souvent exclu de l'accès à l'emploi, au logement, à l'éducation et aux services de santé ou de justice. Ils sont fréquemment la cible de violence, beaucoup trop souvent avec le consentement de la police, et même avec sa participation. Les enfants Romanichels doivent faire face au racisme, à la ségrégation et, de façon systématique, à des plus faibles attentes dans de nombreux établissements scolaires d'Europe. Les femmes Romanichels peuvent faire face à une double discrimination, par exemple au moyen de la stérilisation forcée en Slovaquie et en République Tchèque. Avec une vaste sous-représentation parmi les institutions et les gouvernements européens, il a été difficile pour les Romanichels d'obtenir une réparation politique en ce qui concerne les violations de leurs droits.

Les minorités dans un pays qui forment une majorité dans un autre pays sont fréquemment devenues des cibles politiques. L'ancien leader serbe Slobodan Milosevic entretint des craintes parmi les Serbes en Croatie et en Bosnie à propos de leur statut minoritaire, et soutint les mouvements séparatistes qui en résultèrent. Dans la Croatie des années 1990, le gouvernement joua dans le camp de Milosevic en adoptant une rhétorique, des symboles et des politiques antiserbes. En Estonie, les politiques discriminatoires contre la minorité russe avaient fourni de manière similaire un argument pour un gouvernement russe désirant vivement se réaffirmer dans ce qu'il considérait comme son «pays lointain-proche ». La perspective d'appartenance à l'Union Européenne et à l'OTAN aida à diffuser des tensions similaires pour ce qui concerne les minorités hongroises en Slovaquie et en Roumanie, en demandant des protections légales pour les droits des minorités, et pour mettre fin à une rhétorique politique incendiaire depuis Budapest, Bratislava et Bucarest.

De la même manière, le renforcement des institutions communes de l'Union Européenne peut rendre les États plus disposés à suivre la conduite du Royaume-Uni et de l'Espagne en léguant le pouvoir aux régions dominées par une minorité. Les groupes sécessionnistes qui reçoivent plus de pouvoir au niveau local peuvent être plus ou moins enclins à vouloir se séparer des capitales nationales, mais, à mesure que les frontières au sein de l'Union Européennes perdent leur signification, les enjeux de ces litiges pourraient éventuellement être bien plus faibles.

Les Communautés immigrées

Les populations immigrées existent depuis longtemps en Europe. Les immigrés sud-asiatiques et chinois apportèrent des contributions majeures à la culture et à l'économie du Royaume-Uni, mais ils demeurent cependant tous sujets à une discrimination quotidienne, et certains sous-ensembles de ces groupes restent marginalisés. Les arrivants plus récents en Europe venant d'Afrique font souvent face au racisme et à la marginalisation dans les domaines de l'éducation et de l'emploi. Les sociétés immigrées traditionnelles sont entrées en conflit avec les garanties nationales et européennes sur les droits de la femme dans des domaines incluant un accès égal à l'éducation. En France, les immigrants Nord-africains ont été largement placés dans des ghettos, font face à une discrimination sévère dans le domaine de l'emploi, et sont devenus les objets d'une démagogie politique anti-immigrés. Les écoles françaises ont interdit le port du voile et d'autres symboles religieux. Les communautés musulmanes d'Europe se sont senties ciblées par des nouvelles lois anti-terroristes, au lendemain de l'attaque du 11 septembre 2001 sur les États-Unis, et des attentats à la bombe ultérieurs survenus à Londres et à Madrid. La nouvelle islamophobie court le risque de renforcer les radicaux dans les communautés musulmanes et d'alimenter un cycle de méfiance.

Le Renforcement des protections des droits des minorités

Malgré les problèmes en cours, il existe une forte tendance générale en Europe à l'amélioration des droits des minorités. L'extension de l'Union Européenne a été explicitement liée aux protections des droits des minorités : afin de pouvoir la rejoindre, les pays candidats doivent atteidre un certain nombre de critères d'évaluation en ce qui concerne la manière dont ils traitent les minorités. Ceux-ci surpassent souvent les normes des membres de l'Union Européenne établis depuis longtemps. L'extension de l'OTAN a également fourni d'importantes récompenses pour les réformes démocratiques et pour les politiques responsables en ce qui concerne les problèmes des minorités. La Convention Européenne des Droits de l'Homme parmi les membres de la COE est devenue le traité sur les Droits de l'Homme le plus efficace du monde. La Cour Européenne des Droits de l'Homme interprète le traité et rendre des décisions que les États membres doivent  appliquer. Elle a publié des réglementations d'une portée considérable sur un nombre considérable de questions qui ont des effets tangibles sur les vies des citoyens européens. Par exemple, la Cour a publié des décisions innovantes sur des thèmes aussi divers que ce qui constitue la torture dans le contexte européen, la portée de la protection religieuse selon le traité, et le droit à la confidentialité.

La Convention-Cadre de 1998 pour la Protection des Minorités Nationales est un autre traité important. Bien que la France, la Turquie, Andorre et Monaco aient refusé de le signer - parce qu'ils adhèrent officiellement à la notion d'un état homogénéisé - cet acte juridique a commencé à attirer l'attention dans la plupart des pays de la COE. Ses principes montrent la voie à suivre pour les protections des droits des minorités, dans une Europe qui devient de plus en plus diverse.

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